Dubol_01x01

     Lorsque mon père m'a jeté de la maison, après que j'ai dragué la bonne avec laquelle il avait une relation, il m'a dit : Alan, tu vas finir droit dans un cul de sac ! Je ne l'avais pas cru, au début, puis je me suis retrouvé dans un bus en direction de nulle part, avec comme seul bagage mon sac à dos et trois cents simflouzes.

     Nulle part, le terme est encore un peu faible pour décrire que ce qui me fait face. Un vide sidéral paumé dans le désert, à je ne sais combien de kilomètres de la civilisation. Comme cul de sac, j'admets que j'ai jamais vu mieux... Oh, je suis un peu médisant, quand même. Il n'y a pas rien ici puisque je m'y trouve, en compagnie d'un seul et unique arbre, un oranger. On se demande d'ailleurs ce que vient faire un oranger dans un trou aussi perdu ! Au mois, j'ai quelqu'un à qui parler, hein Roger ?

Dubol_01x02

    
     Vous comprenez pourquoi j'ai l'air de faire la tête ? Moi qui avais l'habitude de vivre dans un manoir  de 83 pièces avec des domestiques à chaque couloir. Je suis tombé bien bas, tout ça parce que j'ai osé regarder sous la jupe de la bonne, c'est pas comme si je l'avais youplaboumée sur la table de la cuisine... non, c'était juste sur le canapé du quatrième salon, pendant que le paternel était au boulot et que la maternelle comptait fleurette au jardinier sous les feuilles d'un buisson. Après tout, je ne faisais que suivre l'exemple de mes parents, lesquels prenaient un soin particulier à faire l'éducation youplaboumesque des domestiques. Bande d'hypocrites, j'vous jure...

     Enfin, maintenant que je suis là, il va falloir que je me débrouille pour me bâtir un palace au beau milieu du désert. Et avec trois cents simflouzes, je vous prie de croire que je vais pas aller bien loin...

Dubol_01x03

     Heureusement, même dans les coins les plus reculés de la planète, il y a toujours un... un... un livreur de journaux ?! Bah ça alors ! Et moi qui me pensais seul et abandonné de tous. Bon, autant en profiter pour chercher du boulot. Je sais, c'est une véritable utopie d'en trouver un ici mais comme mon père me disait toujours avant de me renier : un Dubol, mon fils, ça a toujours de la chance ! Ouais, c'est sûr, la chance m'a toujours souri... jusqu'à ce que je me fasse virer de chez moi à grand coup de pied dans l'train.

     Seulement voilà, on a beau dire tout un tas de trucs pas bien gentils sur le papounet Dubol, il avait quand même raison. Jugez donc : un poste dans la politique, rien que ça ! Parce qu'en plus, ils font de la politique dans le désert. Remarquez, je vais pas m'en plaindre. J'aurais plutôt voulu devenir toubib mais la politique c'est assez bien payé et comme le disait papa Dubol : mon fils, dans la vie, il faut avoir le sens des priorités. C'est sûrement pour ça qu'il a soulevé la bonne au lieu de ma mère... Le sens des priorités...

Dubol_01x04

     Plus tard dans la journée, j'ai laissé Roger surveiller le terrain et je suis allé me balader. Et devinez sur quoi je suis tombé ? Des toilettes publiques ! J'vous jure, des toilettes publiques au beau milieu du désert ! J'aurais pu être étonné mais en fait, non... vous savez, après avoir vu les fiestas youplaboumesques des parents Dubol pendant ma jeunesse, je ne m'étonne plus de rien.

     Et puis, je suis bien content d'avoir découvert ce coin parce que non seulement, il est pourvu de toilettes, de douches et d'un restaurant pas gratuit, mais en plus il y a un barbecue et des hot-dogs en libre service. Ça m'a permis de soulager mon estomac qui criait famine depuis hier soir, le fameux soir fatidique où mon père m'a propulsé sur le trottoir avec mon sac fait par ses soins. Je n'ai pas osé lui dire qu'il avait oublié d'y mettre mon rasoir électrique...

Dubol_01x05

     Et moi qui pensais que le désert était calme, je m'étais amplement trompé. Déjà parce que les chiens errants, y a que ça ici. A croire qu'ils se sont tous donné le mot pour que j'ai un peu de compagnie. Et ensuite, parce que trois péquins ont débarqué de je ne sais où pour me souhaiter la bienvenue dans le quartier. Comme c'est sympa... Et puis d'abord, d'où ils sortent ? Parce qu'à part les toilettes publiques, je ne vois absolument rien à l'horizon qui ressemble à un palais, un hôtel, un manoir, une demeure, une maison ou un cabanon de jardin. Encore moins un terrain de camping. Le coin est bizarre, c'est moi qui vous le dis...

Dubol_01x06

     Pour retrouver ma tranquillité, et aussi soulager Junior qui avait une envie pressante, je me suis rendu aux toilettes publiques. C'est calme avant l'ouverture du resto, très calme... trop calme... Mais ça m'a néanmoins permis de faire la causette avec une charmante jeune femme, encore plus jolie que la bonne des Dubol... Parce que la bonne des Dubol, c'était quand même un sacré lot, avec un balcon bien arrangé et une croupe qui... ouais, enfin je m'égare, là. Hum...

     Donc, je disais que j'avais fait la connaissance de Jessica. Bien gentille au demeurant, avec le sens de l'humour, de la conversation et du monde au bal... euh... une jolie silhouette, je veux dire. C'est sûr qu'elle m'a tapé dans l'œil, la petite brunette, avec ses lèvres fines et frémissantes, ses beaux yeux clairs et pétillants, sa taille de guêpe et ses jambes interminables. Bref, un ange, avec un tablier de serveur, certes, mais un ange quand même. Un ange serveur, en somme... Bah quoi ? Même au paradis, on a le droit d'être servi !

Dubol_01x07

     La nuit est tombée bien rapidement. Heureusement que papounet Dubol a pensé à me mettre le dictionnaire des synonymes dans mon sac parce que je m'ennuierais ferme, sinon. Et Roger a pas beaucoup de conversation. A part le bruissement du vent dans ses feuilles et son histoire d'oranger abandonné dans le désert, il raconte rien d'autre. Oh, mais je suis patient. Je vais apprendre à le connaître et à jour, on se livrera tous nos secret, hein Roger ? Il est un peu timide mais ne vous en faites pas, ça va s'arranger.

Dubol_01x08

     Première nuit passée dans le désert et dans l'ensemble, j'ai plutôt bien dormi, même si je ne suis pas trop réveillé. Et toi, Roger ? Bien dormi ? J'ai fait un rêve atroce, la bonne m'avait poursuivi jusqu'ici et me demandait de la youplaboumer. Oui, je sais, jusque là, ça n'a rien d'horrible mais je vous signale qu'on youplaboumait sur une planche de fakir installée à côté de Roger ! Horrible, j'vous dis ! Je sens encore les pointes de la planche dans les fesses... A moins que ce ne soit ce matelas pas confortable pour deux ronds.

Dubol_01x09

     Je suis vachement étonné de voir arriver une voiture ici, et encore plus lorsque le chauffeur de cette carcasse boueuse m'annonce :

     - Hey ! C'est vous l'péquenot qui vient d'arriver ? J'suis vot' chauffeur, c'est moi qui vous emmène au boulot.

     Ça alors ! Et tous les gens qui bossent ont leur propre chauffeur ?

     - Ah ça, pour les détails, moi j'sais pas. J'sais juste que j'suis payé pour qu'vous montiez dans c'tacot et que j'vous emmène à vot' boulot.

     Bon, eh bien... A Sim vat, comme on dit...

Dubol_01x10

     Je suis drôlement content. Premier jour de boulot et première promo. Dire que papa Dubol n'arrêtait pas de me bassiner : mon garçon, t'es pas capable de faire quoi que ce soit de tes dix doigts. En fait, il avait raison parce que dans la politique, c'est pas des doigts dont on se sert mais de la langue. Pour parler, qu'est-ce qu'on parle ! J'ai sacrément intérêt à travailler mon charisme si je veux épater la galerie et continuer de grimper les échelon. Après tout, chef de staff comme rêve c'est pas mal, mais maire de ce bled désert, c'est plutôt mieux.

     Du coup, je me modernise avec un lit deux places (je prévois, on sait jamais, ça a l'air de bien fonctionner entre la serveuse et moi), des toilettes et une douche. Y a aussi un mur, très pratique pour m'abriter du vent, de la pluie, des grêlons gros comme mon poing. Bon, je n'ai pas encore la super cuisine toute équipée et livrée avec le domestique mais je ne perds pas espoir, j'y arriverai ! Et arrête de bouger, Roger, j'ai pas envie de t'entailler l'écorce.

Dubol_01x11

     Et le lendemain, rebelote ! Me voici propulsé en tant que membre du lobby du coin, même si je n'ai aucune idée de ce qu'est un lobby. Bah, tant que ça paye, je vais pas me plaindre. Papa Dubol m'a dit récemment : fiston, t'as le charme de ta mère et celui de ton père, t'es pas adroit pour deux ronds mais quand il s'agit de faire tomber la gente féminine, t'es plutôt doué. Ca, c'était juste avant de me coller son pied aux fesses et de me balancer sur le trottoir avec pour consigne de ne jamais revenir... M'enfin...

     Du coup, je me retrouve avec une jolie habitation, plus proche du cabanon de jardin que du palace trois étoiles. Mais comme maman Dubol disait toujours : mon fils, l'important c'est d'avoir un toit et des domestiques, le reste n'est que futilité et ne sert à rien. Mouais, j'ai jamais été convaincu par ça, surtout par le passage qui parlait des domestiques...

Dubol_01x12

     J'ai profité d'avoir des murs et un toit pour inviter Jessica. J'allais quand même l'inviter avant, j'aurais eu l'air parfaitement ridicule avec ma toile de tente plantée sous Roger. Quand je disais que le courant passait bien entre moi et la petite brunette, j'avais vu juste. Allez Alan, s'agit de pas te planter sur ce coup-là. Jessica, c'est pas la bonne. Elle est beaucoup plus délicate, sensible et timide, interdiction formelle de la brusquer. Roger, tu me surveilles, on ne sait jamais, des fois que mes instinct reprennent le dessus...